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L'art au service de la politique

Vue perspective de la place du palais avec la statue équestre de Louis XIV, 1780, 6 Fi 15

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Document #34 - septembre 2022

Vue perspective de la place du palais avec la statue équestre de Louis XIV, 1780, 6 Fi 15.


En 1685, le gouverneur de Bretagne, Charles d'Albert d'Ailly, propose l'érection d'une statue de Louis XIV dans la région, afin de symboliser le rattachement et la fidélité de la région au royaume, notamment suite à la révolte du papier timbré en 1675. La proposition est acceptée par le roi, qui désigne la ville de Nantes pour accueillir cette statue à son effigie. En effet, malgré le fait que Rennes soit reconnue comme capitale politique de la Bretagne du fait de son Parlement, ce dernier est alors exilé à Vannes.
Nantes, quant à elle, est dotée d'un port, ce qui lui confère une dimension économique indéniable. La réalisation de la statue est confiée au sculpteur Antoine Coysevox et représente le roi habillé en empereur romain chevauchant un cheval. Cette statue équestre devient un enjeu de rivalité entre les villes de Nantes et Rennes, à la fois symbole de reconnaissance de la puissance politique d'une ville et marque d'asservissement au pouvoir royal.
Il faut attendre 1715 pour que le choix en faveur de la ville de Rennes ne soit tranché.
Très en vogue au XVIIIe siècle, la statuaire équestre n'en reste pas moins très onéreuse, par la complexité de sa fabrication et les coûts induits de transport et de pose. Le choix de la ville de Rennes effectué, il faut réfléchir à la logistique et au financement. Cependant, en ce début de XVIIIe siècle, la ville possède encore une physionomie médiévale, sans place véritablement adaptée à l'apparat. Autre élément d'importance : le coût du transport. Par délibération du 13 décembre 1713, les États de Bretagne assument financièrement les coûts induits par le déplacement de la statue équestre de Paris à Nantes, mais laissent les frais de son déplacement de Nantes à Rennes à la charge de la ville de Rennes. Mais celle-ci est particulièrement appauvrie par les sanctions financières imposées par le royaume de France suite à la révolte du papier timbré. C'est ainsi qu'au mois de juillet 1715, la statue équestre entame son périple pour rester bloquée à quai à Nantes ! De ce fait, la statue n'a pas le temps d'être érigée avant la mort du roi Louis XIV, survenue le 1er septembre 1715.
En décembre 1720, la ville de Rennes connait un incendie de grande ampleur qui détruit les trois quarts du centre-ville. La Communauté de ville se trouve à bout de ressources. Elle reçoit alors des aides financières de l'État, afin de reconstruire la ville et reloger les habitants. Un plan de reconstruction est engagé par l'ingénieur Robelin, puis l'architecte du roi Gabriel, dans lequel est prévue la création de deux nouvelles places royales. La statue équestre trouve alors un endroit tout destiné : la nouvelle place du Palais !


"[…] Après que les secours que notre maiesté vient d'accorder à nos besoings les plus pressans sur quelqu'autre bien est capable de diminuer l'affliction d'un peuple désolé, c'est l'espoir de contempler bientost dans ce portrait l'Eclat de la Maiesté et de touttes les vertus dont nous […] hévité de cet auguste monarque. Le feu qui a consumé la plus grande partie de nostre ville facilite cette exécution et a peu de frais, puisqu'il nécessite de changer l'entier plan pour en faire un nouveau et plus régulier où il se trouverra des places publiques assez grandes pour placer cette statue, dont l'aspect animera nos habitans et les encouragera à travailler avec empressement au rétablissement et à la décoration de leurs édifices. La communauté de Rennes qui connoist la nécessité de la faire venir et de la placer au plus tôt, se trouve malheureusement dans l'impuissance de fournir aux frais du transport depuis Nantes à cause des billets de banque qu'elle a receus en payement du prix de ses baux et du résiliment obtenu par ses fermiers. […]" (lettre de la communauté de ville de Rennes, adressée au roi Louis XV, 12 février 1724, DD 341)


La situation se dénoue en 1724 grâce à un arrêt du Conseil d'État qui appuie la délibération des États de Bretagne de 1713 et confirme l'installation de la statue équestre à Rennes. La perception d'une nouvelle aide financière permet de rendre possible ce dernier transport, de Nantes à Rennes, en passant par Redon.
Le second voyage est amorcé au début de l'année 1726, soit plus de dix ans après le premier. Nous en avons les détails matériels et techniques décrits dans un devis en date du 26 avril 1725 :

"L'entrepreneur aura soin de se fournir d'une bonne gabare double du port de 70 ou 80 tonneaux pontée et dont on démolira le tillac avant d'embarquer le cheval de bronze, qui est le plus lourd fardeau. Ladite barque aura au moins dix-huit à vingt pieds de largeur à l'endroit de la cale et sera aprochée et bien amarée le plus près du port de la Bource de Nantes qu'il sera possible lors d'une haute marée afin d'embarquer le tout de la dite statue, ses bas-reliefs et les marbres de l'incrustation du pied destal, comme il sera expliqué cy-après. […]"  (DD341)


Un procès-verbal de réception des différents éléments de la statue équestre à Rennes est dressé le 16 février 1726 et son inauguration a lieu le 6 juillet 1726. Un dessin de l’inauguration, réalisé par l’architecte Jean-François Huguet, garde le souvenir de cette journée. La grande place du Palais, noire de monde, est représentée comme une scène où se joue le spectacle du pouvoir royal : tout est bien ordonné, chacun semble tenir un rôle précis. Jouxtant la statue équestre au centre de la place, se dresse un banquet où bon nombre de dames sont attablées.
Cette statue est démontée en 1792 par les révolutionnaires puis fondue pour réaliser des canons. Son rétablissement est un temps envisagé par la ville de Rennes mais l'instabilité politique du XIXe siècle ne permettra pas l'aboutissement de ce projet. Les bas-reliefs qui ornaient le socle de cette statue sont aujourd’hui conservés au Musée des Beaux-Arts de Rennes. Le modèle réduit en bronze, utilisé par Antoine Coysevox, est cette année de retour à Rennes, également au Musée des Beaux-Arts !

Découvrez une sélection de documents d'archives sur la statue équestre de Louis XIV.
Ecoutez le podcast Raconte-moi Rennes "Rennes - Nantes : la statue de la discorde".

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