monter
descendre

Le calendrier républicain

"Les noms de mois qui composent l'automne ont un son grave et une mesure moyenne, ceux de l'hiver un son lourd et une mesure longue, ceux du printemps un son gai et une mesure brève, ceux de l'été un son sonore et une mesure large..."/p>

(J. Godechot, Les Institutions de la France sous la Révolution et l'Empire, PUF, 1951, p. 364.)

Nous connaissons tous le calendrier grégorien, c'est celui que nous utilisons aujourd'hui. Il fut instauré par le pape Grégoire XIII qui réforma en 1582 le calendrier Julien qui était en avance de 10 jours sur l'équinoxe de printemps. Pour ramener l'équinoxe au 21 mars, le pape décida que le lendemain du jeudi 4 octobre serait le vendredi 15. Progressivement, L'Europe se rallia au nouveau calendrier, la France catholique en décembre 1582, l'Angleterre protestante en 1752, les pays orthodoxes comme la Russie en 1918.

Jusqu'en 1793, la France utilisa ce calendrier pour y revenir en 1805. Mais entre 1793 et 1805, un autre calendrier fut utilisé. On l'appela le calendrier républicain. En effet, le 5 octobre 1793, sur le rapport de Gilbert Romme et du Comité d'instruction publiqueLes membres du Comité, désignés par la Convention, étaient aussi bien des scientifiques mathématiciens et astronomes comme G. Romme (député du Puy-de-Dôme et rapporteur), Monge ou Lakanal, que des artistes comme le peintre David, ou des poètes comme Chénier. Les noms du calendrier républicain sont l'œuvre de Fabre d'Eglantine (cf. annexe 1 du Calendrier républicain)., la Convention nationale abolissait, pour les usages civils, "l'ère vulgaire" du calendrier grégorien, et établissait " l'ère des Français" par décret et ceci à compter du 22 septembre 1792.

L'institution de ce calendrier fut une des premières manifestations importantes de la politique officielle de déchristianisation. Le but de ce calendrier était de montrer que l'établissement de la république en France marquait le point de départ d'une nouvelle ère dans l'histoire de l'humanité. Il fallait faire "table rase du passé". En supprimant les fêtes religieuses, le culte des saints, on limitait l'emprise du christianisme sur l'organisation sociale tout en établissant une nouvelle scansion du temps rythmée par les fêtes révolutionnaires.

L'année du calendrier républicain était découpée en douze mois de trente jours chacun (= 360 jours), plus cinq à six jours(selon les années) ajoutés en fin d'année pour obtenir 365 jours 1/4 Chaque mois était découpé en trois décades de dix jours.

Le 25 frimaire an II (15 décembre 1793), la Convention adoptait une " Instruction sur l'ère de la République et sur la division de l'année ". En voici un extrait qui résume bien les raisons officielles du changement de calendrier, raisons tout à la fois idéologiques, scientifiques et politiques :

"La Nation Française, opprimée, avilie pendant un grand nombre de siècles par le despotisme le plus insolent, s'est enfin élevée au sentiment de ses droits et de la puissance à laquelle les destinées l'appellent. Chaque jour, depuis cinq ans d'une révolution dont les fastes du monde n'offrent point d'exemple, elle s'épure de tout ce qui la souille ou l'entrave dans sa marche, qui doit être aussi majestueuse que rapide. Elle veut que la régénération soit complète, afin que les années de liberté et de gloire marquent encore plus par leur durée dans l'histoire des peuples , que les années d'esclavage et d'humiliation dans l'histoire des rois.
Bientôt les arts vont être appelés à de nouveaux progrès par l'uniformité des poids et mesures, dont le type unique et invariable, pris dans la mesure même de la terre, fera disparaître la diversité, l'incohérence, l'inexactitude, qui ont existé jusqu'à présent dans cette partie de l'industrie nationale. Les arts et l'histoire, pour qui le temps est un élément nécessaire, demandaient aussi une nouvelle mesure de la durée, dégagée de toutes les erreurs que la crédulité et une routine superstitieuse ont transmises des siècles d'ignorance jusqu'à nous.
C'est cette nouvelle mesure que la Convention nationale présente aujourd'hui au peuple Français : elle doit porter à la fois et l'empreinte des lumières de la nation, et le caractère de notre révolution, par son exactitude, sa simplicité et par son dégagement de toute opinion qui ne serait point avouée par la raison et la philosophie."

Le comité d'instruction publique est chargé de faire imprimer, en différents formats, le nouveau calendrier, avec une instruction simple pour en expliquer les principes et l'usage. Le calendrier ainsi que l'instruction sont envoyés aux corps administratifs, aux municipalités, aux tribunaux, aux juges de paix et à tous les officiers publics, aux armées, aux sociétés populaires et à tous les collèges et écoles afin que tous les actes publics soient datés suivant la nouvelle organisation de l'année.

Les professeurs, les instituteurs et institutrices, les pères et mères de famille, et tous ceux qui dirigent l'éducation des enfants, se doivent de leur expliquer au plus vite son fonctionnement.

Cependant, ce calendrier est mal accueilli par la majorité. Le jour chômé reste souvent l'ancien dimanche, les fêtes républicaines du décadi, malgré l'effort d'imagination observé pour leur donner du lustre ne sont pas appréciées. Enfin, dans les campagnes, les paysans restent très attachés à l'année agricole, scandée par l'ancien calendrier si profondément ancré dans la culture (plantation de mai, Saint-Jean d'été ou carnaval…)

Le calendrier républicain devait demeurer officiellement en usage jusqu'au début de l'Empire. Le senatus-consulte du 22 fructidor an XIII (9 septembre 1805) rétablit le calendrier grégorien à dater du 1er janvier 1806.

Durée effective du calendrier républicain : 12 ans, 2 mois, 27 jours.

Chronologie Glossaire Bibliographie Nous écrire