Archives de Rennes

Novembre 2015

Une deuxième série d'attentats frappe la capitale le soir du 13 novembre 2015 : les fusillades et attaques-suicides perpétrées à Saint-Denis, aux abords du stade de France, puis à Paris dans six cafés et restaurants des 10e et 11e arrondissements ainsi que dans la salle de spectacle du Bataclan. Émus, les Rennais dressent un nouveau mémorial. La collecte a lieu le 30 novembre. Un échantillon de ces messages est en ligne ci-dessous :

                                             

La constitution du mémorial et la collecte des messages

Un mémorial a été dressé spontanément par les Rennais dès le lendemain des attentats. Par cohérence avec le calendrier national, la maire de Rennes, Nathalie Appéré, a décidé que la collecte aurait lieu après l'hommage national rendu aux victimes des attentats le 27 novembre aux Invalides à Paris.

Le soir du 30 novembre, nous étions six représentants des Archives de Rennes à collecter les messages et objets déposés dans la niche de l'hôtel de ville. En une demi-heure, environ 200 messages et quelques dizaines d'objets étaient ramassés. Cela représente moins du tiers des messages collectés en janvier. Comme la collecte a eu lieu plus de deux semaines après la constitution du mémorial, il est probable qu'un grand nombre de messages a été détruit par la pluie.

La conservation

Les messages les plus fragiles, détrempés ou déchirés, furent déposés entre des intercalaires-buvards, ce qui a permis d'amorcer le séchage et la mise à plat, en limitant la poursuite de la dégradation. Ainsi, en une semaine, la plupart des messages étaient secs. À la différence de janvier, ce mémorial n'a pas été érigé à la fin d'une manifestation. Les pancartes sont de ce fait peu nombreuses : le nombre de supports de carton épais, difficile à sécher, est donc réduit. Certains montages comportant de la colle stockent plus longtemps l'humidité. Beaucoup de messages, glissés dans des pochettes plastiques, étaient particulièrement gorgés d'eau. Cela a rendu leur extraction délicate mais ils s'avèrent finalement les plus préservés : ils sont peu salis et peu déchirés. La pluie, quand elle n'a pas détruit purement et simplement les supports non protégés, a délavé les documents dont l'encre était particulièrement soluble.

Le contenu des messages

Les thèmes de ces messages présentent des contenus proches de ceux collectés en janvier. Les hommages aux victimes et à leurs familles sont nombreux ; quelques Rennais figurant parmi les victimes, des hommages personnalisés ont été réalisés par leurs proches.

Certains messages expriment la colère, la tristesse, la révolte ou l'indignation : les mots "barbarie" et "folie idéologique" apparaissent plusieurs fois. Néanmoins, le courage et l'espoir sont les tendances dominantes : "Le cœur crie vengeance, mais la raison appelle à l'apaisement et au pardon", "Le monde se fissure, mais la vie continue".

Le thème de la liberté, brandie comme une valeur républicaine phare, est très présente, de même qu'un appel à l'union, à la solidarité et à la paix. Des messages invitent à l'union nationale contre le terrorisme et à la fraternisation avec les musulmans français. La paix est représentée par la chanson bien connue de John Lennon et par la figure inventée à l'occasion par Jean Jullien du cercle "peace and love" avec une tour Effel renversée. Le poème Vous n'aurez pas ma haine du journaliste Antoine Leiris, qui a perdu son épouse au Bataclan, est repris plusieurs fois.

Une réappropriation du message "Je suis Charlie" est à noter : "Je suis Paris", "Nous sommes Paris", "Je suis la République", "Je suis Kobane" (ville libérée de Daech à l'été 2015). Une première page du journal Charlie Hebdo et un stylo font écho à l'hommage aux victimes Charlie Hebdo de janvier 2015.

En outre, d'autres thèmes ont fait leur apparition ou ont été développés. Tout d'abord, la défense d'un certain style de vie s'exprime : "Contre l'horreur et la barbarie, je suis en terrasse, j'aime le rock, j'aime le sport". Ensuite, la tonalité des messages apparaît plus patriotique qu'en janvier : les symboles de la République sont repris abondamment (drapeau tricolore, divise républicaine, adaptation de La Marseillaise), sans oublier Paris (devise de la capitale, tour Effel). Enfin, le thème de la religion est présent tant sur le mode de la "mise au point" à travers l'affirmation de la distinction entre fanatisme et religion, de l'égalité entre les religions et du fait qu'on ne peut tuer au nom de Dieu, que sous la forme d'un appel au recueillement à travers des prières composées pour l'occasion, des pages de livres de prières et le slogan "Pray for Paris".

Le devenir de cette collecte

Comme les messages collectés en janvier, ils seront classés, une fois leur conservation assurée, puis numérisés pour être mis à la disposition des chercheurs et valorisés. La sémiologue, qui avait réalisé une étude des messages de janvier, a déjà manifesté son intérêt pour ce corpus de documents.


Extrait de La nouvelle édition de Canal+ du 14 décembre 2015 :
ATTENTATS, COMMENT ARCHIVER LA MÉMOIRE ?


Extrait du journal de LCI du 3 décembre 2015 :
ATTENTATS DE PARIS : À RENNES, LES MESSAGES DÉPOSÉS SERONT ARCHIVÉS

                                                                             

La collecte menée par d'autres villes

D'autres villes ont mené ce type de collecte, notamment, Annecy, Paris, Saint-Étienne et Toulouse, avec des variantes selon la masse à collecter ou bien les critères de sélection retenus.

ARCHIVES DE PARIS

 

ARCHIVES DE LYON