Archives de Rennes

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Versement du cabinet du maire Collecte des messages "Charlie"

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SAUVEGARDE DES
MESSAGES "CHARLIE"
Présentation de la collecte exceptionnelle, par les Archives de Rennes, des témoignages laissés dans la niche de l'hôtel de ville après les attentats de janvier 2015.
(diffusion : février 2015).

Club de la presse de Rennes et de Bretagne

Compte rendu de la soirée du 2 novembre 2015 : Conférence dans le cadre du 40e anniversaire du Club de la presse de Rennes et de Bretagne : Les conséquences de l'attentat à Charlie Hebdo dans les médias. Quels impacts ont eu les attentats sur les rédactions des journaux et sur leurs lecteurs ?
Voir l'article sur le site du Club de la presse de Rennes et de Bretagne.

Janvier 2015

Suite aux attentats perpétrés le 7 janvier 2015 au siège du journal Charlie Hebdo et aux prises d'otages qui ont suivi le 9 janvier dans un supermarché cacher et dans une imprimerie en Seine-et-Marne, une  manifestation rassemblant près de 120 000 Rennais a eu lieu le dimanche 11 janvier. La collecte des messages s'est organisée trois jours plus tard, le 14 janvier, après une cérémonie. L'intégralité des messages originaux et numérisés est accessible en salle de lecture sous la cote 2250 W et un échantillon de ces messages est en ligne ci-dessous :

                                             

La constitution du mémorial

Au soir de la manifestation du dimanche 11 janvier, les manifestants ont déposé leurs messages et dessins de soutien dans la niche de l’hôtel de ville. Ce mémorial éphémère fait de papier et de carton, parsemé de bougies, de crayons par centaines et de fleurs, à l’instar de ce qui s’est érigé à Paris, place de la République, et ailleurs, était encore alimenté les jours suivants : de nombreux Rennais s'y pressaient chaque soir.

La collecte à même la place

Le 14 janvier à 18 heures, la maire de Rennes, Nathalie Appéré, a présidé une cérémonie lors de laquelle elle a rendu hommage aux victimes tuées entre le 7 et le 9 janvier ainsi qu'à l'élan de soutien qui a suivi. À la fin de cette cérémonie, durant trois quarts d’heure, sept membres de notre équipe, sous l’œil des passants et de médias locaux, ont ramassé, décroché tous les témoignages dont la dégradation n’était pas irrémédiable. Ce contexte était inédit pour chacun d’entre nous : compte tenu des intempéries survenues et de celles prévues pour la nuit même, cette collecte effectuée dans l’urgence s’apparentait à un sauvetage. La plupart des passants comprenaient, au soin que nous mettions à ramasser chaque pièce, que ce mémorial serait conservé sous une autre forme. Certains, en revanche, s’offusquant de la « disparition » des traces de cet élan, furent rassurés par le personnel de la Ville.

Entre le 11 et le 14 janvier, des passants ont pris l’initiative de protéger certains messages dans des pochettes plastiques et de les accrocher sur des fils tendus en hauteur. Lorsque nous les avons collectés, beaucoup de supports étaient gorgés d’eau ; très peu avaient échappé à l’humidité, seulement ceux qui, à l’évidence, avaient été déposés peu de temps auparavant. Nous les avons ramassés sur le pavé même déchirés et brûlés par les bougies.

Les mesures de conservation

L’action entreprise ensuite a été le séchage de ces témoignages. Sortis le lendemain matin des caisses, ils ont été séparés et posés un à un sur 250 mètres linéaires de rayonnage. Dès le 16 janvier, les supports entreposés avaient perdu une grande partie de leur humidité (ils ont été retournés tous les jours de la première semaine). Afin de s’assurer qu’ils soient complètement secs et qu'il n'y ait pas de contamination biologique, ils sont restés encore un mois dans le magasin dédié. Ensuite les documents salis par les aiguilles de pin, la cire, les traces de semelles de chaussures, etc. ont été nettoyés et mis à plat par mise sous presse. La restauration a été limitée à des mesures visant à restituer la lisibilité des documents, comme le recollage d'éléments ou la réparation de déchirures.

Le classement

Ont finalement été conservés 566 messages (quasiment intégralement gardés), 67 journaux et 32 objets, sans compter de nombreux stylos et crayons, dont un quart a été conservé. Cela représente au total 665 documents et objets, plus tous les stylos et crayons. Les documents ont été regroupés par thèmes. Le slogan "Je suis Charlie", créé par Joachim Roncin, utilisé tel quel ou décliné, représente plus du tiers de l'ensemble des messages. Les autres thèmes sont la liberté, et notamment la liberté d'expression, un appel à la tolérance, à la paix, à la solidarité, etc. Les messages en hommage aux victimes et à leur famille constituent une autre partie. Quand ces messages comportaient plusieurs thématiques, c'est la dominante qui a été retenue pour le classement. Deux rubriques achèvent ce corpus documentaire : les journaux, principalement représentés par Charlie Hebdo et ses unes, et les objets (bougies, porte-photo, crayons, etc.).

Le statut de cet ensemble nous a posé question. Si l'on peut considérer qu'il s'agit d'archives privées, produites par des citoyens nombreux et pour la plupart inconnus et difficilement identifiables, nous avons opté pour un statut public, dans la mesure où la collecte a été effectuée à la demande expresse de la maire. Outre la difficulté de contractualiser avec chacun des "donateurs" (aucun collectif ne les représentant), d'autres messages nous sont parvenus par le cabinet de la maire. Il s'agit du versement 2250 W.
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L'exploitation de ces messages

Au milieu des messages « Je suis Charlie », nous avons trouvé des dessins qui ont circulé dans les médias, des textes très personnalisés, un bavoir « Je suis Charlie » et une peluche . Moins de trois jours après cette collecte, d'autres panneaux ont été fixés dans la niche : "Qui a fait ça ? Qui a enlevé nos bougies ? Qui a enlevé nos crayons ? Qui a balayé notre colère ? Qui masqué nos larmes ? Rendez-nous ce que nous avons déposé ici !", montrant l'attachement largement partagé au symbole de ce mémorial. Dans le même temps, le cabinet de la maire continue de recevoir des courriers qui prolongent la réflexion.

Cette masse de messages a intéressé une sémiologue, qui a participé à une conférence aux Archives de Rennes sur le traitement des attentats par les médias, dans le cadre du 40e anniversaire du Club de la presse Bretagne. En outre, les Archives de Rennes participent au projet initié par la bibliothèque de l'université de Harvard qui vise à créer un fonds sur les attentats de janvier 2015 et les réactions qu'ils ont suscitées. Ce fonds est constitué par les documents produits lors des rassemblements de janvier (pancartes, messages, etc.) en vue d'être mis à la disposition de la communauté scientifique internationale d'aujourd'hui et de demain.


Charlie aux Archives par Jean-Louis Aubert.
Les archives municipales de Rennes recueillent les objets déposés sur le parvis de la mairie de Rennes suite aux attentats de janvier 2015.

                                             


Extrait du 19/20 de France 3 Bretagne du 15 janvier 2015 au sujet de la sauvegarde des hommages à Charlie Hebdo par les Archives de Rennes.

                                                           


    
Extrait du 19/20 de France 3 Bretagne du 14 janvier 2015 au sujet de la collecte des hommages à Charlie Hebdo place de la Mairie.

 

Accéder au site de France 3 Bretagne.